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AMAN' AMAN'

Marionnette: Tête dans le sac. Photo: Carole Parodi


Il y a des lapins qui doivent sauter des barrières
des oiseaux qui fuient les grands froids ou les fortes chaleurs
des souris qui se cachent pour se protéger

Il y a aussi des êtres humains qui doivent franchir des frontières
des êtres humains qui doivent fuir la guerre et le feu
des êtres humains qui se cachent pour survivre

Et puis il y a des adultes qui disent : « Non, non, vous n’avez pas le droit de franchir les frontières, de fuir la guerre, de vous protéger ! »

Il y a donc des êtres humains qui oublient de l’être.
Des adultes qui ne pensent qu’à leur pomme.

Alors,
les marionnettes de AMAN’ AMAN’ s’adressent plutôt aux enfants.
Plutôt aux enfants qui savent partager leur goûter ou qui ne savent pas encore le faire...

Avec Maître Lavolaille notre poulet érudit, professeur de sciences humaines.
Avec Loukoumkoum la danseuse et toute la terre, qui tourne autour de son nombril.
Avec un âne qui porte son doux regard au loin, loin dans le passé et dans l’avenir.
Avec la musique qui diffuse nos mémoires autour de ce joli pauvre vieux monde.
Avec une lyre, un clavecin, un laouto, un bouzouki, une clarinette et trois musiciens.

Avec joie, tristesse et espoir, nos marionnettes se mêlent à l’histoire que l’humanité est en train d’écrire...

« L’humanité est sur un bateau, l’humanité tombe à l’eau.
Qui c’est qui l’a poussée ?
Qui sait qui c’est qui l’a poussée... ? »

Aman’ Aman’

Article de presse


AMAN' AMAN'

Marionnette: Tête dans le sac. Photo: Carole Parodi

La marionnette au mépris des frontières

Par Cécile Dalla Torre, Le Courrier, 11 mai 2016

«Aman’Aman’», dernière création de Cie La Tête dans le sac, aborde la migration humaine et musicale avec humour et intelligence. A voir au Théâtre des Marionnettes de Genève.


La compagnie La Tête dans le sac a un sens de l’absurde bien à elle. On ne manquera pas sa dernière création au Théâtre des Marionnettes de Genève, qui parle autant aux jeunes (dès 8 ans) qu’aux adultes. Dans le prolongement de La Nuit finira-t-elle un jour? autour du rebetiko, le voyage marionnettique se fait en musique, vecteur de mémoire et de cohésion de celles et ceux, nombreux, qui ont connu l’exil hier – et d’autant plus aujourd’hui – à l’échelle de notre planète.
Cécile Chevalier, créatrice des marionnettes, et Franck Fedele, ont ainsi réussi la prouesse d’aborder un thème d’une actualité brûlante avec délicatesse et humour. Si Aman’ Aman’ séduit autant qu’il amuse, c’est parce que leurs marionnettes aux formes parfois joliment biscornues se moquent le plus souvent de l’humain. A plus forte raison quand il s’agit de ce gentil poulet officiant en prof de sciences humaines. Faisant le constat affligeant d’un monde constellé de barbelés et de postes de contrôle, ce «Maître Volaille» s’interroge à juste titre sur la notion de frontières dans le cadre de son cours magistral.
Désobéissance civile
Les deux comédiens-marionnettistes posent de bonnes questions, et n’en restent pas là, à l’instar de ce garde-frontières bon enfant qui invite à la désobéissance civile et à l’ouverture des voies. Mais le plus touchant est peut-être cette femme déracinée à la valise rouge, dont le seul repère n’est finalement que la musique, qui l’accompagne partout où elle migre.
Si le spectacle se veut atemporel et universel, il ne manque pas de jeter des ponts entre l’Histoire et notre contemporanéité. Aussi, l’oiseau, symbole de liberté, qui se fait mitrailler en plein vol, y joue-t-il un rôle moteur, aux commandes d’un réseau qui rappelle celui de la résistance tout autant qu’il évoque nos «réseaux zozios» d’aujourd’hui. Sur les notes de et par Géraldine Schenkel jouées live avec Fred Commenchal et Pascal Demonsant, les musiciens manient toute une palette d’instruments orientaux, jonglant de l’un à l’autre. Ce périple théâtral et musical est une vraie réussite, due aussi à sa patte esthétique et ses moments poétiques. Auteurs d’un texte frondeur, farceur, tendre et humaniste, Cécile Chevalier et Franck Fedele signent là un petit bijou scénique drôle, intelligent et sensible.
Cécile Dalla Torre
Le Courrier, 11 mai 2016